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Guinée|Éditorial
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Depuis l'indépendance, la Guinée avance avec une blessure au cœur

Fiston Cheick Camara dresse un bilan lucide et sans concession de la Guinée depuis l'indépendance, appelle à un nouveau pacte national et à reconstruire la nation comme une maison commune.

Fiston Cheick Camara - F2C -
23 mars 2026
Depuis l'indépendance, la Guinée avance avec une blessure au cœur
HORIZON KIBAROU, Fiston Cheick Camara - F2C -
Mar 23, 2026

Depuis l’indépendance, la Guinée avance avec une blessure au cœur.

Au départ, il y eut un choix. Un choix lourd, un choix qui a coupé notre histoire en deux. Pour les uns, nos pères ont laissé parler l’orgueil et l’émotion là où il fallait d’abord mesurer les rapports de force, les moyens du pays et le prix du face-à-face. Pour les autres, la liberté d’un peuple ne se négocie pas, la dignité d’un homme ne s’achète pas : sortir de la domination coloniale valait tous les sacrifices.

Depuis ce jour, ces deux lectures coexistent. Elles se croisent, s’opposent, sans jamais vraiment se réconcilier. Elles nourrissent nos débats, influencent nos jugements et continuent de peser sur notre présent.


Un peuple qui a trop attendu


Le temps a pourtant avancé. La Guinée a connu d’autres régimes, d’autres promesses, d’autres visages du pouvoir. De Lansana Conté à nos jours, le peuple est resté au centre des discours.

On lui a promis le pain, l’école, les soins, la justice, le travail. On lui a promis une vie digne.

Le peuple a attendu.
Le peuple a cru.
Le peuple a souvent subi.

La vérité est là : malgré certains progrès, la Guinée reste loin du pays qu’elle devrait être.

Trop de familles vivent dans la précarité.
Trop de jeunes grandissent sans horizon clair.
Trop de malades cherchent des soins comme une faveur.
Trop d’enfants vont à l’école sans certitude d’avenir.
Trop de quartiers et de villages vivent avec le sentiment d’être abandonnés.


Sortir de l’excuse, regarder l’avenir


Il faut désormais parler avec calme et courage, sans haine.

Oui, notre pays a subi des épreuves, internes comme externes. Oui, nous avons payé nos fautes et subi des pressions. Mais le temps est venu de sortir de l’excuse permanente.

Après ces années de transition, il est temps de nous asseoir, de regarder la Guinée en face et de décider ensemble de ce que nous voulons bâtir.

Pas pour un clan.
Pas pour un parti.
Pas pour une région.
Mais pour la Guinée.


Refaire de la Guinée notre maison


La Guinée doit redevenir ce qui compte avant tout.

Un lieu où l’on veut vivre, travailler, élever ses enfants et vieillir avec dignité.
Un lieu où l’on revient par attachement, non par contrainte.
Un lieu qui protège lorsque le monde se ferme.
Un lieu qui tient debout quand tout vacille.

La Guinée doit redevenir notre maison.

Car le premier besoin de l’homme est de vivre, puis d’avoir un cadre sûr. Pour un peuple, ce cadre s’appelle la nation. Un pays n’est pas un simple territoire : c’est un abri commun, une loi, une mémoire, une protection.

Quand cet abri se fragilise, c’est l’homme lui-même qui se perd.


Des devoirs partagés


La Guinée doit devenir notre priorité, non dans les discours, mais dans les actes : dans les lois, dans les budgets, dans la manière de gouverner et de vivre ensemble.

Aux gouvernants, il revient d’apprendre l’humilité :
gouverner, ce n’est ni dominer, ni se servir, ni humilier. Gouverner, c’est porter le poids du peuple, protéger les plus faibles, rendre compte et agir avec responsabilité.

Mettre l’école avant le luxe.
L’hôpital avant la parade.
Le service public avant les intérêts particuliers.

Au peuple, il revient de retrouver les valeurs essentielles :
le respect, la vérité, le sens du bien commun, la discipline, le travail, la dignité dans le désaccord.

Une nation ne tient pas seulement par l’État. Elle tient par la qualité morale de ses citoyens.


Rompre avec les dérives


Nous devons sortir d’une vie publique marquée par l’injure, la peur, la ruse et la vengeance.

Nous devons cesser de défendre nos camps au détriment du pays.
Nous devons refuser la banalisation de l’inacceptable.

Car un peuple qui accepte trop finit par perdre jusqu’au sens de la justice.


Un rêve pour la Guinée


À notre manière, nous devons porter un rêve pour notre pays.

Un rêve concret. Un rêve ancré. Un rêve exigeant.

Je rêve d’une Guinée :


  • où chaque enfant, d’un village ou d’une ville, a les mêmes chances d’apprendre ;
  • où le malade entre à l’hôpital avec confiance ;
  • où les richesses du sous-sol profitent à la vie au-dessus du sol ;
  • où la jeunesse est formée, encadrée et employée ;
  • où la valeur d’un citoyen prime sur son origine ;
  • où la fonction publique redevient une mission ;
  • où la parole donnée est respectée ;
  • où l’on croit en nous-mêmes sans attendre l’étranger.

Du rêve à l’action


Ce rêve ne vivra pas par les mots, mais par les actes :

  • des décisions courageuses,
  • un travail rigoureux,
  • la fin de l’impunité,
  • une école refondée,
  • une santé accessible,
  • une économie inclusive valorisant paysans, entrepreneurs, artisans et chercheurs.

Il vivra par des institutions plus fortes que les hommes.

Reconstruire notre maison commune


Nous ne devons plus voir la Guinée comme un héritage à consommer, mais comme une maison à relever.

Une maison se protège.
Une maison se nettoie.
Une maison se transmet.

Elle ne se détruit pas pour des querelles.

Notre faiblesse est connue : nous voulons les fruits sans cultiver le champ, le progrès sans effort, la paix sans discipline.

Cela doit cesser.


Un nouveau pacte national

L’heure n’est plus aux procès sans fin du passé. Elle est à l’action.

La Guinée n’a pas besoin d’un miracle, mais d’une volonté nationale :


  • un pacte de vérité entre l’État et le peuple,
  • un pacte de travail entre les élites et la nation,
  • un pacte de respect entre les communautés,
  • un pacte de justice entre institutions et citoyens,
  • un pacte d’honneur entre le passé et l’avenir.

Une idée simple doit nous guider :
la Guinée n’est pas un butin, elle est une responsabilité.


Conclusion


Nous n’avons pas un autre pays.
Nous n’avons pas une autre terre pour enterrer nos morts, éduquer nos enfants, porter nos rêves et réparer nos erreurs.

Le temps du réveil a sonné.

Non pour accuser.
Non pour haïr.
Mais pour reconstruire.

Avec lucidité.
Avec droiture.
Avec courage.

Et avec cette conviction simple et profonde :

Quand tout manque, il doit nous rester au moins notre maison. Cette maison, c’est la Guinée.






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