Abdoulaye Sankara "Abou Maco" : enfin le sommeil, ou la vie après la mort
Hommage à Abdoulaye Sankara, dit Abou Maco, journaliste burkinabé exilé en Guinée, décédé le 17 mars 2026 et inhumé le 22 mars. Un compagnon de 30 ans de lutte pour la liberté de la presse.

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Mar 24, 2026
Mar 24, 2026
Abdoulaye Sankara “Abou Maco” : enfin le sommeil, ou la vie après la mort
Par Abdoulaye Condé
Abdoulaye Sankara, dit Abou Maco, décédé le mercredi 18 mars, a été inhumé le dimanche 22 mars 2026.
J’ai voulu attendre ce jour d’adieu pour rendre hommage à celui qui fut mon plus proche collaborateur, mon compagnon de près de 30 ans, cet homme qui avait choisi la Guinée comme terre d’adoption.
Merci, mon frère. Le deuil commence, mais la vie continue pour Tâta et les enfants.
De retour d’une mission de couverture médiatique à Kankan, un envoyé spécial arrive au siège de L’Indépendant avec un jeune homme au physique éprouvé, contrastant avec un sourire presque libéré.
Introduit par feu Sarbou Keita, correspondant régional de la RTG, en marge d’un atelier du PNUD en juin 1996, Abdoulaye Sankara raconte son histoire : une cavale depuis Ouagadougou, une fuite face à la traque, une longue marche vers Kankan, à la recherche de protection… et d’une nouvelle vie.
Très vite, feu Aboubacar Condé, rédacteur en chef, décèle derrière cet homme brisé un esprit brillant. Fidèle à ses valeurs, il lui ouvre les portes du journal.
Comme l’exigeaient les règles du Groupe, Abdoulaye Sankara débute à L’Indépendant Plus.
Mais dès ses premières publications, le constat est sans appel : un professeur émérite de français, diplômé de l’ESJ Lille, se révèle au grand jour.
Rapidement, il s’impose aux côtés de grandes figures comme Biram Sacko, Tibou Kamara ou Mamadou Dian Diallo, devenant une personnalité marquante du Groupe.
Entre exil et engagement
Marqué par l’exil imposé par le régime de Blaise Compaoré, Abdoulaye Sankara transforme son vécu en force.
Sa plume devient une arme : rigoureuse, libre, implacable.
Orphelin de repères, il trouve dans cette famille professionnelle un ancrage. À la protection d’Aboubacar Condé, j’ai moi-même ajouté mon soutien pour faciliter son intégration en Guinée.
Très vite, il tisse un réseau impressionnant dans les sphères politiques, économiques et sociales, s’imposant par son intelligence et son indépendance.
Nous partagions la même vision du journalisme :
- défense des libertés
- promotion de la démocratie
- lutte contre la corruption
Sur ces fronts, Abdoulaye Sankara n’a jamais cédé.
Des scandales majeurs furent révélés sous sa plume, au prix de pressions et d’intimidations.
Face à un commissaire lui reprochant son statut d’étranger, il répondit avec force :
« La lutte contre la corruption n’a pas de frontières. »
Tout est dit
Durant 30 ans, Abdoulaye Sankara est resté à mes côtés, dans toutes les épreuves.
Sa loyauté, son engagement et sa solidarité ne se sont jamais démentis.
Jusqu’à ses dernières heures, il pensait encore aux autres, comme en témoigne son message poignant pour Marouane Camara, disparu depuis plus d’un an.
Une grandeur d’âme rare.
De L’Indépendant à La Nouvelle Tribune, en passant par Le Diplomate, La Vérité ou encore le Bureau de presse de la Présidence sous le Président Alpha Condé, Abdoulaye Sankara a marqué le paysage médiatique guinéen.
Après le 5 septembre 2021, il s’impose également sur les réseaux sociaux, devenant une voix influente, engagée pour la bonne gouvernance.
Époux de Diomantenin Tâta Traoré, père de Fanta, Aminata et Cheick Ahmed Canal Sankara, il laisse derrière lui une famille solide et digne.
Homme de culture, amoureux des mots, il méditait souvent sur la mort.
Le 6 mars 2026, il écrivait :
« Si tant est qu’il faille mourir, souhaitons-le sans souffrance. »
Son vœu a été exaucé.
Le 17 mars, il s’est éteint paisiblement.
Le 22 mars, il a choisi de nous dire adieu.
Toi qui fuyais le sommeil, repose désormais.
Dors enfin, profondément et éternellement.
Comme le disait François Mitterrand :
« Ce n’est pas mourir qui fait peur, mais ne plus vivre. »
Et Jean d’Ormesson ajoutait :
« Il y a quelque chose de plus fort que la mort : la présence des absents dans la mémoire des vivants. »
Abdoulaye Sankara ne mourra pas.
Il vivra à travers ses écrits, ses combats, ses enfants… et nos souvenirs.
Adieu, mon frère
Merci pour tout.
Je serai là pour ta famille, comme tu l’aurais souhaité.
Ta vie continue à travers eux.
Qu’Allah t’accueille dans Son Paradis éternel. Amine.